Panama : au-delà du canal

Par Rodolphe Lasnes
Mise à jour le 28 Mai 2018

Panama : au-delà du canal

Voici quatre destinations à mettre à votre itinéraire pour découvrir des facettes moins courues du Panama.

Panama City ou Ciudad de Panamá?

Crédit : Diego Cervo, Shutterstock
Crédit photo : Diego Cervo, Shutterstock

Avant même d’atterrir, impossible de ne pas être impressionné par le panorama de la capitale du Panama, qui permet de voir des centaines d’immeubles scintillants dressés face au Pacifique, devant lesquels patientent autant de cargos s’apprêtant à traverser le canal.

L’effet persiste quand on pénètre dans les entrailles de cette cité d’un million d’habitants : parmi les géants de verre et d’acier de 80 étages et plus, l’emblématique Tornillo, torsadée comme une mèche de perceuse, cherche à forer la brume qui couvre souvent la ville.

Des tours poussent partout, remplissent le centre des affaires, peuplent les quartiers huppés de San Francisco et de Punta Paitilla, où la grande voile de la Trump Tower semble vouloir prendre le large. Les panneaux publicitaires vantent les mérites des condos dernier cri, vue imprenable et tarifs vertigineux à l’appui. Une centaine de banques ont pignon sur rue, sans compter la multitude de cabinets d’avocats… On comprend vite que l’argent coule à flots. « Un éden économique pour la région », confirme Joseph, un Canadien installé dans le quartier du Cangrejo, haut lieu de la vie nocturne.

Changement total de décor en arrivant au Casco Antiguo, un quartier historique, touristique, branché et en restauration depuis des lustres. L’histoire tourmentée de la ville et du pays se raconte ici, au détour des petites rues pavées. La cathédrale, construite avec les pierres de l’ancienne capitale ravagée par le pirate Henry Morgan, attire l’objectif. De tranquilles places ombragées rappellent le joug de l’Espagne puis de la Colombie (Plaza de la Independencia) et l’épopée française du canal (Plaza de Francia). Des édifices plus récents, flirtant avec l’architecture coloniale et Art déco comme l’American Trade Hotel, évoquent presque un siècle de présence étasunienne. Présence pas toujours amicale, comme en témoignent les ruines de l’ancien Club Unión, bombardé en 1989 par ces mêmes Étatsuniens pour déloger le dictateur Noriega…

Aperçus lors de mes pérégrinations dans ce secteur inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO : maisons coloniales en ruines aux côtés des hôtels-boutiques, galeries d’art et restos gastronomiques et touristes en goguette, mais aussi la bourgeoisie panaméenne qui adopte cet endroit hier encore mal famé, des enfants jouant dans les eaux boueuses du Pacifique… et une vieille dame nourrissant les chats à l’ombre d’un porche, indifférente à toutes les transformations qui l’entourent.

Quatre sites pour tâter le pouls de la ville

– Savourer un ceviche dans un verre en plastique au Mercado de Mariscos (marché des fruits de mer), devant les bateaux de pêche en bois et le skyline de la capitale. Cinta Costera (juste au nord du Casco Antiguo).

– Siroter une bière sur la terrasse de la Rana Dorada, une microbrasserie du Casco Antiguo.

– Essayer la nouvelle gastronomie panaméenne au Maito.

– Regarder passer les cargos sous le pont des Amériques, depuis la longue jetée de la Calzada de Amador.

Escapade à Las Perlas

Crédit : Shutterstock

C’est encore l’aube quand le bateau quitte l’embarcadère de la Trump Tower pour 2 h de traversée. Côté poupe, la Ciudad s’affiche en version panoramique; à bâbord et à tribord, de gigantesques pétroliers nous font de l’ombre; droit devant, un archipel de 220 îles et îlots paradisiaques s’étale.

Déjà, en 1515, les conquistadors espagnols trouvèrent ces îles à leur goût, en découvrant que les huîtres des parages renfermaient des perles en abondance. Aujourd’hui, les perles ont pratiquement disparu, remplacées par la culture des crevettes et le tourisme. Les îles sont désormais majoritairement peuplées de descendants de cimarrones, esclaves africains ayant fui l’emprise espagnole. Longtemps réservé aux nantis, l’archipel s’est démocratisé quand les émissions de téléréalité Survivor et Koh-Lanta les ont prises comme terrain de jeu.

Parmi toutes ces perles, j’ai un faible pour l’île de Saboga. Elle forme un cocktail parfaitement équilibré entre infrastructures touristiques limitées – un gîte, en fait – villas de luxe, bar de plage et hotelito super económico.

Ce petit hôtel à bas prix, géré par la communauté, surplombe la mer en plein cœur du village de 700 habitants. Firmina, responsable des clefs et du ménage, s’affaire à décapiter deux iguanes d’un mètre de long quand j’arrive chez elle. « Un délice! » assure-t-elle de sa voix rauque.

L’exploration de cette île de trois kilomètres carrés se fait à pied. Les sentiers, déserts, traversent une épaisse jungle avant de déboucher sur des plages guère plus fréquentées. À Playa Larga, je traverse la bande de sable blond et plonge dans les eaux fraîches du Pacifique : seuls deux chiens qui chassent les crabes et une bande de pélicans frôlant la cime des vagues partagent ma plage d’un kilomètre de long.

En fin de journée, le village sort de sa torpeur. Les écoliers investissent le terrain de fútbol. Les adultes prennent le frais devant leurs maisons colorées. Et tout le monde profite de la musique crachée par la cantina où la cerveza Balboa coule à flots – même les enfants qui jouent à cache-cache près de l’église, l’une des plus vieilles d’Amérique centrale…

Découvrir l’archipel autrement

Envie de naviguer à la voile sur des eaux turquoise, d’accoster sur des îles désertes, de pêcher le poisson que vous ferez griller sur la plage, de camper à la belle étoile et de vous prendre pour un survivor? Contactez Força 3, qui propose 4 jours d’aventure en bateau au départ de l’île de Contadora. Les vents réguliers assurent une navigation sportive, mais accessible à tous.


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Côte ouest de la péninsule d’Azuero

Crédit : Shutterstock

Étrangement, cette contrée bordée du Pacifique était absente des guides de voyage jusqu’à tout récemment. Un blanc sur les cartes touristiques qui s’expliquait par l’accès rendu difficile par les montagnes de la Sierra Occidental de Azuero et le mauvais état des routes. Première impression après avoir quitté la Panaméricaine à Santiago, direction plein sud : c’est foisonnant de verdure! De la forêt tropicale, des cultures, à l’opposé des zones dramatiquement arides de l’est de la péninsule. Et la route? Rien de pire que les plus mauvaises artères de Montréal.

À Malena, un village de pêcheurs, Ana Gonzales tient une auberge et s’occupe d’un organisme communautaire de préservation des tortues marines qui fréquentent la côte du golfe de Montijo. « Elles viennent pondre sur la plage d’août à septembre, on protège les œufs jusqu’à leur éclosion, en octobre et novembre. Pendant ces périodes, les bénévoles sont les bienvenus pour nous donner un coup de main. »

En reprenant la route qui louvoie entre mer et collines, je partage la chaussée avec des troupeaux de vaches menés par des ganaderos à cheval. Ces éleveurs mesurent leur adresse au lasso lors des rodéos organisés dans les semaines entourant le carnaval. Comme pour parfaire la scène, la radio diffuse en continu des morceaux de típico, une musique folklorique panaméenne rythmée de notes d’accordéon.

Quelques kilomètres plus loin, le village de Torio, avec sa poignée d’hôtels et de fondas, est le plus animé du coin. Les maisons des pêcheurs bordent la plage où sont halées leurs barques. Au bar du village, je rencontre Gilberto, qui me propose d’aller chercher de l’or. « Ils sont encore quelques-uns à manier la batée dans la rivière Torio. Ils n’en sortent pas de quoi s’enrichir, juste de quoi vivre. »

Je préfère poursuivre ma route vers une pépite plus brillante à mes yeux : la plage de Morillo. Trois kilomètres de sable brun frangés de palmiers, avec des vagues puissantes dont la réputation dépasse les frontières de la région. L’unique bâtisse en vue est une auberge de jeunesse à l’ambiance radicalement décontractée. Daniel, surfeur vénézuélien et maître des lieux, m’explique qu’on vit ici coupé du monde : des panneaux solaires pour l’électricité, pas de téléphone ni d’Internet, on se réveille aux cris des singes hurleurs et on profite des vagues! « Je n’ai jamais compté plus de 40 surfeurs, mais en moyenne, on est moins de 10 à se partager ce beach brake. Par contre, il est trop puissant pour les débutants. »

Plus au sud encore, le parc national Cerro Hoya marque le bout de la route. J’aperçois de loin ses hautes montagnes couvertes de jungle… et je savoure la tranquillité de cette destination encore confidentielle, réservée à ceux qui apprécient l’isolement.

Escapade au parc national Coiba

Crédit : Rodrigo Cuel, Shutterstock
Crédit photo : Rodrigo Cuel, Shutterstock

Jusqu’en 2004, les résidents de l’île de Coiba ne rêvaient que d’une chose : s’échapper de cette île recouverte de jungle et baignée d’eau cristalline. Il faut dire qu’il s’agissait alors de la pire prison du pays… Une dizaine d’années plus tard, Coiba et les 37 îlots éparpillés aux alentours sont devenus un parc national inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Certains de ses anciens pensionnaires y sont restés, en tant que gardiens cette fois. Le trajet de 2 à 3 h en bateau rapide est une bonne introduction au spectacle qui nous attend : des dauphins batifolent autour de l’étrave, des frégates nous survolent, et il n’est pas rare d’observer des baleines à bosse et leurs petits, de juillet à octobre.

« Coiba, c’est un condensé des Galápagos, en plus accessible », assure Loes, une guide biologiste qui sillonne la région depuis des années. « Bien sûr, c’est grâce à la prison que l’endroit est encore aussi bien préservé », ajoute-t-elle. La jungle abrite plusieurs espèces endémiques et de nombreux oiseaux rares (harpie huppée, ara rouge), mais la plus grande biodiversité s’admire sous l’eau. Tableau de chasse d’une séance d’une heure de snorkeling : une tortue verte, deux inoffensifs requins à pointe blanche, une dizaine de poissons-perroquets, un banc de centaines de carangues à gros yeux tournoyant autour de moi et un nombre incalculable de petits poissons bariolés évoluant dans les récifs de corail. On ressort de l’eau tout sourire…

Découvrir Coiba autrement

Pour une expérience plus sportive, explorez l’archipel en kayak de mer et en camping. Fluid Adventure Panama organise des expéditions de 3 à 6 jours, où l’on aborde des rivages peu fréquentés du parc, dont la nature est intacte. Départs de Santa Catalina.

Carnet pratique

Quand partir : de décembre à avril, pour profiter de la saison sèche.

S’y rendre : Copa Airlines propose des vols directs entre Montréal et la Ciudad de Panamá. Air Transat et Sunwing assurent des vols saisonniers entre le Québec et Río Hato (à 2 h de route au sud-ouest de la capitale). Air Canada dessert la capitale depuis Toronto.

Rejoindre Las Perlas : en bateau avec le Ferry Las Perlas ou en avion avec Air Panama (vol de 20 min. jusqu’à Contadora pour environ le même tarif que le traversier).

Rejoindre l’ouest de la péninsule d’Azuero : en autocar, depuis la capitale jusqu’à Santiago (4 h), puis vers Torio (2 h).

Visiter Coiba : des visites d’une journée sont proposées par de nombreux excursionnistes de Santa Catalina (2 h de route au sud-ouest de Santiago); plus économique, mais moins intéressant.

Dormir : à Saboga, Hotel de Saboga (6641-0452, en espagnol) et El Remanso. Sur la côte ouest de la péninsule d’Azuero et Hostal Iguana Verde (6865-8908, en espagnol).


Rodolphe Lasnes est écrivain et auteur de guides de voyage. L’Amérique latine, de Mexico à la Terre de Feu, est son terrain de prédilection.


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