Partir au bout de son monde

Par Anick-Marie Bouchard
Mise à jour le 06 Sep 2017

Partir au bout de son monde

Partir, loin. Une envie qui peut s’avérer particulièrement frustrante à cette époque de l’année, avec le budget qui rechigne, la météo qui hésite et la fatigue accumulée dans ce qui devait être une période de vacances… Mais attendez : il y a peut-être une solution.

Et si vous changiez de paradigme plutôt que de décor? Et si vous vous offriez une aventure tout près de chez vous? C’est ce que j’ai fait de nombreuses fois, lors de mes longs séjours à l’étranger. Lorsqu’on vit plusieurs mois, voire des années au même endroit, on finit par oublier tout ce qu’on pourrait faire à proximité.

Vous êtes déjà un converti du Couchsurfing? Allez donc passer une fin de semaine chez un inconnu à quelques dizaines de kilomètres de votre demeure, idéalement quelqu’un de très différent de vous (âge, intérêts, origine), histoire d’augmenter les chances de dépaysement. Accompagnez-le dans une visite thématique ou encore dans sa routine quotidienne, à la découverte de ses rituels comme s’il était un nomade des steppes ou un aborigène océanien.

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Si vous avez l’habitude de faire de grandes randonnées comme les chemin de Saint-Jacques ou les treks himalayens, peut-être pourriez-vous tenter de rejoindre un haut lieu de la spiritualité québécoise, comme l’Oratoire Saint-Joseph, le sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré ou l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac? J’ai eu la chance de faire un voyage-pèlerinage depuis Trois-Pistoles, jusqu’au sanctuaire Saint-Anne-de-la-Pointe-au-Père, avec un groupe de jeunes. Quelques jours inoubliables, même pour l’agnostique que je suis.

Mon deuxième « grand » voyage à vélo fut un déménagement, tout de même léger, entre Gatineau et Montréal, avec 60 kilos chargés derrière. J’en ai profité pour passer voir la parenté en cours de route. Si vous êtes adepte de cyclotourisme dans la cordillère des Andes, les défis techniques et climatiques ne devraient pas vous effrayer. Ne seriez-vous pas tenté par une excursion à vélo en hiver, pour aller voir un vieil ami à une centaine de kilomètres de chez vous? Peut-être que ce serait l’occasion de tester le site WarmShowers, un réseau d’hébergement gratuit entre cyclistes, même si votre requête hors saison risque de surprendre…

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Quadrillez votre univers immédiat et invitez quelques amis à le sillonner avec vous : vous découvrirez des choses qui vous étaient invisibles jusque-là. Jadis, j’ai ainsi organisé une visite-découverte de mon quartier défavorisé de Wester Hailes, quand j’habitais à Édimbourg. Nous avons d’abord fait quelques recherches que nous avons mises en commun, puis notre petit groupe a choisi d’adresser la parole à toutes les personnes qui se présenteraient sur notre route.

Un an plus tard, j’ai refait l’expérience dans le quartier bobo berlinois de Prenzlauer Berg, où nous sommes plutôt entrés dans toutes les portes entrouvertes pour découvrir les squats et les associations d’artistes, très actifs là-bas. De retour à Montréal, c’est le Mile-End et Hochelaga-Maisonneuve qui ont fait l’objet de mes visites exploratoires.

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Enfin, si mes suggestions ne vous inspirent pas, étudiez plutôt les propositions du Latourex – pour Laboratoire de tourisme expérimental – de Joël Henry. Formulées en 2006 dans son ouvrage « Le guide Lonely Planet du voyage expérimental » (malheureusement rare de nos jours), ces variantes ludiques sur le thème de l’exploration sauront diversifier les plaisirs sans forcément aller très loin. Voici quelques exemples s’appliquant bien à l’univers local ou régional :

  • Cécitourisme : explorer la ville les yeux bandés, accompagné d’un ami.
  • Dodécatourisme : à 12 h 12 le 12, prendre le bus 12 et descendre au 12e arrêt avec 12 dollars en poche.
  • Filitourisme : prendre discrètement quelqu’un en filature, au hasard.
  • Nyctalotourisme : découvrir une ville du crépuscule à l’aurore.
  • Rando périphérique : faire le tour de la ville en longeant ses limites extérieures.
  • Tourisme multimodal : utiliser le plus grand nombre possible de moyens de transport.

En somme, pour être en voyage sans se déplacer bien loin, il suffit de cultiver le même état d’esprit qui nous emplit lorsque nous partons sur les routes du monde : la curiosité, l’œil du débutant, l’écoute, l’observation, l’ouverture d’esprit et… l’imagination.


Globe-trotteuse devant l’Éternel, Anick-Marie Bouchard a parcouru plus de 150 000 km en autostop. Elle cosigne La Bible du grand voyageur, chez Lonely Planet.

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