Tout inculte ou tout-inclus?

08 Juil 2017 par Pascal Henrad et Paul Arsenault

Tout inculte ou tout-inclus?

Tout inculte…

par Pascal Henrard

Il n’y a rien qui ressemble plus à un tout-inclus qu’un autre tout-inclus. Ce texte pourrait s’arrêter là. Pourquoi, en effet, choisir celui-ci plutôt que celui-là, alors qu’on aura l’impression d’être partout et d’être nulle part à la fois?

Bien sûr le besoin de soleil, de repos, d’azur et de playa. Mais saviez-vous qu’il y a du soleil en dehors des tout-inclus? Que l’eau est parfois aussi bleue ailleurs et qu’elle contient souvent moins de pipi? Que les plages de sable chaud ne sont pas l’exclusivité des complexes hôteliers?

Bien sûr, l’envie de ne rien faire d’autre que de se faire servir, de ne pas réfléchir à la cuisine, ne pas penser à remplir le frigo, avoir toujours une bouteille pleine pour remplir son verre vide, c’est tentant. Mais saviez-vous que le buffet est sans doute plus savoureux chez un restaurateur local? Que le rhum y est peut-être de meilleure qualité? Que les musiciens qui jouent ne sont pas des mariachis de carnaval? D’accord, il faut chercher, marcher un peu, sortir des sentiers battus. Mais c’est là que le mot voyage prend tout son sens.

Le tout-inclus est un concept intéressant pour celui qui veut passer des vacances dans une carte postale sans sortir du cadre. Il reste confiné dans l’espace limité où son bracelet de papier ciré lui sert de passeport illimité. Tout est calculé. Tout est prévu. Pas de surprises au menu. Et, à moins d’être sexuelles, il ne rencontrera pas beaucoup d’aventures.

Car ce qu’on trouve ici se trouve aussi là-bas, et encore ailleurs. C’est comme les chaînes de café ou de restauration rapide : de Paris à Bangkok, de New York à Kuala Lumpur, les frites ont le même goût de carton, le latte a la même apparence d’eau usée et le transat sous le parasol en feuilles de cocotier a le même exotisme artificiel.

Les tout-inclus sont en banlieue du voyage. Sans personnalité, ils sont fabriqués à la chaîne pour un maximum de commodité normalisée. S’enfermer dans un tout-inclus, c’est passer à côté de l’authenticité d’un peuple, des particularités d’une nation, des saveurs d’une communauté et des couleurs d’un pays. On peut avoir le droit d’aimer le confort lisse et rassurant d’un tout-inclus. Ça fait plus de bien que de mal au travailleur qui a trimé dur le reste de l’année. Mais a-t-on le droit d’imposer cette uniformité au monde entier? A-t-on le droit de vouloir gommer la diversité des endroits visités pour reproduire partout le même confort béat de notre civilisation de consommation?

L’uniformisation n’est cependant pas le pire du tout-inclus. Le vice à peine caché de ce genre de vacances prémâchées est dans sa formule. Certains comprennent que si tout est inclus c’est que tout leur est dû et donc, que tout est permis. Et c’est là que le dérapage vire au cauchemar. Aidé par la chaleur et appuyé par le soleil, l’alcool de mauvaise qualité monte vite à la tête des vacanciers grossiers. Ils ont amené dans leurs bagages le pire de notre société. Quand on les voit, on se demande pourquoi ils se tapent trois heures d’avion alors qu’en moins d’une heure de char, ils peuvent se retrouver à Pointe-Calumet avec le même sable, les mêmes parasols en feuilles de palmier, les mêmes quantités d’alcool et les mêmes corps huilés et lascifs (OK, l’hiver c’est moins rigolo).

Si on profitait plutôt des vacances pour prendre un break de notre mode de vie et qu’on allait à la rencontre d’un autre monde? Ce n’est pas toujours inclus, mais c’est toujours inclusif.


Pascal Henrard est associé, v.-p. contenu et création chez 37e AVENUE. Il est aussi concepteur-rédacteur, auteur, scénariste et chroniqueur depuis 25 ans. Voyageur depuis toujours, on peut notamment le lire dans Urbania.


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… ou tout-inclus?

par Paul Arseneault

Je le dis d’emblée, haut et fort : J’AIME LES TOUT-INCLUS. Pas ces trucs haut-de-gamme, mais bien les gentils et simples tout-inclus, ceux de Cuba, par exemple. Ma vie professionnelle m’a donné la chance de voyager sur tous les continents, un rare privilège que je savoure encore aujourd’hui. Je suis donc à même de constater l’importance du tourisme, l’ouverture d’esprit que donne le voyage et comment la découverte de l’autre est essentielle pour comprendre le monde.

Cependant, aimer voyager n’entre pas en contradiction avec la saine volonté d’être en vacances. Vacances, compris ici dans le sens strict et précis du terme : une période d’arrêt, pour atteindre l’état de ce qui est vide, inoccupé.

Dans notre société de performance, il semble qu’il faut aussi « performer » dans nos moments de repos – nos moments hors du temps. Voir plus, voir mieux, ne pas perdre une seconde! Il faudrait donc se dépasser même dans nos voyages, faire plus que les autres et en témoigner au maximum sur les réseaux sociaux. Je m’oppose à cette vision. Acceptons notre oisiveté, élevons le farniente au statut de vertu cardinale.

J’ai découvert les tout-inclus dans la vingtaine, avec un intérêt mitigé, mais j’en suis venu à en avoir un réel besoin – une dépendance! – après la naissance de ma fille, en 2003. Rapidement, ma conjointe et moi, tous deux pris dans le tourbillon des responsabilités et de nos horaires surchargés de professionnels, nous sommes mis à fantasmer sur ces moments hors du temps, où nourriture et boissons nous sont servies, où le ménage de la chambre se fait tout seul, et où notre jeune enfant peut se faire des amis et s’occuper sans notre intervention. Pas de dérangement, pas de pluie, pas même de wifi fiable pour me tenter!

Je ne compte plus les fois où mes amis et mes connaissances viennent me voir en cachette pour me demander des conseils sur les tout-inclus. Cette demande chuchotée est inévitablement accompagnée de l’excuse : « Tu sais, ce n’est tellement pas ma façon habituelle de voyager!» Pourquoi cette honte? Avoir eu la chance de me régaler chez Toqué! doit-il me priver du plaisir (coupable) de me goinfrer de Kraft Dinner? Mon amour de la musique symphonique doit-il interférer avec ma propension à écouter du Britney Spears à plein régime dans ma voiture en hurlant les paroles I don’t need permission, make my own decisions; That’s my prerogative?

Je soupçonne de surcroît une forme d’élitisme dans la position tranchée de certaines personnes. L’argument le plus connu : « Je ne veux pas voir de Québécois bedonnants (je ne donne pas ma place à ce titre…) et tonitruants pendant mes vacances… ». Donc, pour certains, les vacances seraient de ne pas voir nos compatriotes, comme si les côtoyer ailleurs qu’au Canadian Tire ou au Wal-Mart serait une hérésie absolue? Il existe des stratégies simples pour les éviter : demeurer loin des bars – de l’hôtel, de la plage, de la piscine (surtout de la piscine!), et vivre dans un autre espace temporel.

En vacances, les journées commencent tôt pour ma famille et moi. Nous ne voyons jamais nos compatriotes arriver avant midi. Et quand nous retournons à la chambre, à 21 h, ils n’ont pas encore commencé leurs frasques! Mon dernier séjour en tout-inclus s’est déroulé presque entièrement dans un petit jardin attenant au café, sous une pergola couverte de végétaux, à boire expressos sur expressos, en lisant des tonnes de livres dans ma tablette. Le paradis n’est pas plus délectable que cela!

Vous l’aurez compris : il n’est pas question pour moi de privilégier ou d’opposer l’un à l’autre. À ceux qui ont la chance et le luxe de pouvoir faire les deux, soyez reconnaissants de votre chance. Mais n’oubliez pas que pour une majorité de Québécois, le tout-inclus dans le Sud demeure le seul type de voyage possible. L’accès à la planète entière ou à un chalet n’est pas donné à tout le monde.


Paul Arseneault est notamment titulaire de la Chaire de tourisme Transat et professeur de gestion du tourisme et de l’hôtellerie à l’UQAM. Communicateur né, il œuvre dans l’industrie touristique depuis 25 ans.

 

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